Le concept de culture d’entreprise m’intrigue. C’est une chose impalpable, un « soft power » générateur d’appartenance et de supplément d’âme, un lien fort qui nous lie à notre employeur et à nos marques fétiches. Est-ce le fruit d’une construction marketing ou la conséquence du vécu de la réalité quotidienne ?
Est-ce le graal décrit dans les manuels à usage des jeunes dirigeants ou DRH ? Comment vit-on l’entreprise quand sa culture nous est étrangère, incompréhensible ou indifférente ? La culture d’entreprise est-elle mondialisée ?
Curieuse et convaincue du pouvoir transformateur et fédérateur de cette matière impalpable, je me suis formée auprès de Richard Barrett sur cette thématique, imaginant pouvoir contribuer activement à des prises de conscience et des actions de la part de dirigeants et managers sensibles à cette thématique.
Force est de constater que mes clients ont peu de temps à y consacrer…
Et pourtant… d’un point de vue personnel, sait-on encore dire ce que l’on vit vraiment au travail ? Quel est la saveur de cette entreprise à laquelle « j’appartiens » ? Quelle est la qualité des relations que j’y noue ? M’inspire-t-elle un sentiment d’appartenance et de fierté intérieure ? De quelle façon je la raconte à mes proches ou à mes clients ? Que diraient mes enfants de cette entreprise où je passe mes journées ? L’ont-ils déjà visitée ? Quelle vision ont-ils potentiellement de cet endroit étrange mais qui nous attache à un écran toute la journée ?
Une très proche amie travaille à Hambourg dans l’entreprise Beiersdorf. Elle me parle de son job avec des étoiles dans les yeux depuis de longues années. Je me suis forgé intérieurement une représentation des valeurs qu’elle y vit, à travers ce qu’elle m’en raconte : comment cette entreprise a traversé la crise sanitaire ou la crise en Ukraine, comment on y mène les projets, les arbitrages, comment on y manage les équipes.
Je suis allée lui rendre visite à Hambourg avec ma fille en juillet dernier.
Mon amie nous propose de venir visiter les locaux du siège social où elle travaille.
Je bondis de joie, je suis curieuse et aussi surprise que cela soit possible : ici tous les visiteurs sont les bienvenus s’ils sont accompagnés d’un salarié. On y visite un musée qui raconte l’histoire de l’entreprise, des fondateurs. On y découvre les premiers produits et leur l’évolution. C’est un très joli petit musée à la scénographie soignée. La fierté de mon amie est palpable. Elle m’offre un petit cadeau issu de la boutique installée dans le hall d’accueil. Je me sens bienvenue dans cet espace magnifique. Je suis heureuse de découvrir son lieu de travail, je suis heureuse de pouvoir visualiser le lieu qui l’héberge un grand nombre d’heures de sa vie. Nous mangeons ensemble au restaurant d’entreprise et dégustons dans le parc les délices d’un glacier installé dans une petite roulotte mobile. Je suis presque émue, je suis presque envieuse, ici il semble vraiment faire bon vivre et travailler ! Ma fille construit intérieurement une image de « la grande entreprise » : hyper cool !
Il m’est donné à vivre et ressentir pendant ces deux petites heures passées dans ce beau bâtiment de la » Beiersdorstrasse » une petite tranche la culture de cette entreprise.
Surprise ! En sortant, mes yeux tombent sur un panneau JC Decaux qui affiche leur raison d’être. On y pose ses yeux en sortant, comme pour mettre en mot l’essence de sa visite, comme une reformulation inconsciente : oui, tiens c’est vrai, on m’y parle de soin et j’ai l’impression qu’on a pris vraiment soin de moi pendant cette courte visite.
Comme je suis curieuse, je me demande si cela n’est qu’une coïncidence. Je vais donc sur leur site et j’y lis “This is our purpose and calling : WE CARE BEYOND SKIN.”
Alors je comprends que dans tout ce que j’ai vu et ressenti ce jour-là, rien n’est laissé au hasard. Tout y est réfléchi et construit : l’expérience visiteur donne à voir et à ressentir la culture d’entreprise
Elle est au cœur de l’architecture du bâtiment et des processus de « moyens généraux ». Pas même besoin de l’afficher avec des mots, elle se vit t à travers la visite de ses locaux.
Belle leçon de soft power ! Et ça donne quoi en termes de chiffres d’affaires ? de la croissance bien sûr !